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« Je ne veux pas de ça pour mes enfants »
UNE MERE, mariée à un homme qu’elle n’aimait pas
«QUI PARMI VOUS s’est mariée par amour ? » La question, traduite en arabe par l’une des bénévoles, fait mouche. Certaines répriment un rire fataliste, d’autres ont le sourire qui se crispe un peu, puis doucement les langues se délient. En ce mardi après-midi d’hiver, elles sont une petite dizaine de mamans dans le local de l’association Femmes de Trappes et d’ailleurs, toutes voilées et toutes préfèrent taire leur prénom. Certaines sont veuves, d’autres encore mariées. Mais aucune n’a choisi son époux. « Je jouais encore à la poupée quand ma mère m’a présenté mon mari, se souvient l’une d’elles. J’avais 14 ans ! »
Pour leurs parents, ce qui comptait le plus, ce n’était non pas l’amour, mais la sécurité et l’affection « qui vient avec l’habitude ».
Pour certaines, après quarante ans de mariage, l’amour n’est jamais venu. « Sur son lit de mort, mon mari m’a dit : Je sais que tu ne m’as jamais aimé. Pourquoi n’es-tu pas partie ? Je lui ai répondu que c’était parce que je n’avais nulle part où aller », lâche une autre. Et puis, dans toutes les bouches, au bout de chaque phrase il y a cette fameuse « réputation » qu’un mauvais mariage pourrait mettre en danger.
Et elles, ont-elles choisi les époux de leurs filles ? « Pour l’aînée, j’ai réussi à lui présenter un jeune homme, ils se sont mariés. Mais ça n’a pas été pareil pour les suivantes ! Aujourd’hui, nos filles ne nous sont plus soumises ! » « Tant mieux ! », jette une autre. « Pendant des années, j’ai dû partager le lit d’un homme que je n’aimais pas, grimace-t-elle. Je ne veux pas de ça pour mes enfants. »
Des mots qui ont valeur de révolution. « Lorsqu’une de mes filles m’a dit que son copain n’était pas musulman, je ne lui ai pas parlé pendant un an. J’étais trop malheureuse sans elle. J’ai bravé les tantes, les oncles, le qu’en dira-t-on, et je me suis réconciliée avec ma fille. »
Pour Khadija Aram, présidente de l’association, bien plus qu’une loi c’est ce genre de raisonnements qui feront vraiment diminuer les mariages imposés. « Cela se passera par les femmes, dans leur coeur de mères, et peut-être cela prendra-t-il plusieurs générations. »