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La brute de mes rêves

En ce bel après-midi ensoleillé, les Bleux affrontent le quinze de la Rose sur la mythique pelouse de Twickenham. L'occasion rêvée pour moi, entre deux papiers, de jeter un coup d'oeil sur mon idole, qui est à la fois bon, brute et truand de l'Ovalie: Sébastien Chabal.

Ce type me fascine, me magnétise, m'électrise...

Je ne peux que vous conseiller la lecture de l'excellent portrait qu'un de mes collègues a dressé de lui! J'aurais seulement un bémol: le titre du papier. Cantona est dix fois plus adapté au monde "normal" que Chabal!

Chabal, le Cantona du rugby

LA PELOUSE de Twickenham repoussera-t-elle après le passage de Sébastien Chabal ? Surnommé Attila pour ses charges dévastatrices et sa longue chevelure lacée au-dessus du crâne, le troisième ligne centre des Bleus est particulièrement attendu, cet après-midi, à l’occasion du match Angleterre - France de rugby. Réputé pour son physique herculéen (1,92 m, 115 kg), le Drômois de 29 ans arrive en pleine lumière à six mois de la Coupe du monde qui aura lieu en France. Depuis ses débuts en bleu il y a sept ans, cette force de la nature avait régulièrement navré Bernard Laporte par son inconstance. Sa régularité en club et un début de Tournoi tonitruant l’ont rendu quasi indispensable. Sébastien Chabal est capable de faire exploser n’importe quelle défense. « Ceux qui le voient arriver en face doivent fermer les yeux et attendre que ça passe », illustre Julien Bonnaire, son partenaire en troisième ligne.

« J’ai horreur de me raser et je n’ai pas le temps d’aller chez le coiffeur »

Son talent pour le combat a rendu le colosse très populaire outre-Manche. Seul joueur français dont l’identité a été contrôlée, hier en gare de Waterloo, il a en fait été l’objet d’un pari entre douaniers anglais.

La renommée de Sébastien Chabal est plus forte encore au Sale Sharks, champion d’Angleterre en titre, où il évolue depuis 2004. « Seabass (NDLR : le bar) est une légende du club », se félicite Brian Kennedy, principal actionnaire du club de la banlieue de Manchester. Chabal partage les faveurs du public local avec l’arrière Jason Robinson, champion du monde 2003. Son fan-club arbore un tee-shirt sur lequel on peut lire : « Cha-Bad to the bone » (mauvais jusqu’à l’os). « Son jeu fait fureur, confirme Philippe Saint-André, son entraîneur. Il a aussi un look, une tronche de cinéma. On le voit une fois, on s’en souvient. »

Sébastien Chabal, c’est un front surdimensionné où se perd une vieille cicatrice, des arcades sourcilières et un nez saillants, des joues taillées à la faucille, de longs cheveux et une barbe négligée. « J’ai horreur de me raser et je n’ai pas le temps d’aller chez le coiffeur », évacue-t-il. Gâté par la nature, Cartouche possède deux cuisses telles des troncs de chêne, un buste de gladiateur et deux énormes bras auxquels rien ne résiste. « Un jour, j’ai demandé à Sébastien de m’aider à arracher un rosier enraciné profondément en attachant une corde à ma voiture, raconte l’ex-international Laurent Leflamand. Le temps que j’aille chercher la corde, il avait sorti la racine avec les mains. »

A Bourgoin, ses ronflements retentissants lui ont valu d’être surnommé Husqvarna (une marque de tronçonneuse). Partager sa chambre est une garantie d’insomnie. En sélection, il dort donc seul.

Chabal, c’est aussi une voix caverneuse et un franc-parler sans nuance. Lorsqu’un sujet l’agace, l’ancien ouvrier fraiseur le fait savoir. Question : « Avez-vous moins de mal à terminer vos matchs qu’en début de carrière ? » Réponse : « C’est con comme question. J’ai pas envie de te parler ! » Grimé en Hannibal Lecter, le psychopathe cannibale du « Silence des agneaux », aux « Guignols de l’info » (Canal +), le rustre dit se moquer, mais aussi s’amuser, de l’image qu’il renvoie.

Ceux qui le connaissent parlent d’un tout autre Sébastien Chabal. « C’est un garçon adorable, pas une bête sauvage, assure Pierre Raschi, ancien capitaine de Bourgoin. C’est un peu le Cantona du rugby : il avait une mauvaise image en France, il est devenu star en Angleterre. » Jean-Marie Goyheneche, psychologue de l’équipe de France, confirme : « Si on écoutait Sébastien sans le voir, on serait surpris. Son armure cache une forte sensibilité. » Laurent Leflamand : « Il peut se couper les cheveux du jour au lendemain et ne se demandera pas si ça va plaire aux médias. »

L’époque où Chabal terminait régulièrement ivre mort à l’aube semble révolue. « Sébastien aime faire la bringue mais il s’est calmé depuis Bourgoin, certifie Alexandre Chazalet, ancien équipier et complice de nuits arrosées. Il se donne les moyens pour être incontournable. »

« J’ai peur des fantômes et des araignées »

A Sale, le climat pousse le géant drômois à mener une existence spartiate : départ pour l’entraînement à 8 heures, retour à 16 heures. Le reste du temps, il reste à la maison où l’attendent sa femme, Annick, leur fille, Lily Rose, 2 ans, et Maud, 14 ans, sa belle-fille à qui il donne des cours de math. Dans l’intimité, il se montre presque délicat : « Les Anglais ne savent pas faire à manger, j’ai dû trouver les bonnes petites boutiques avec des aliments français. » Mieux, il dévoile sa faiblesse : "J’ai peur des fantômes et des araignées. Les bruits dans les vieilles maisons, ça me fout les jetons."

Sur le terrain, en revanche, rien n’effraie Sébastien Chabal. A l’aube de mettre sa crédibilité en jeu lors de la prochaine Coupe du monde, tout le rugby français espère tenir sa nouvelle coqueluche. Olivier Milloud, pilier des Bleus et ancien équipier à Bourgoin, résume le sentiment général : « Avec des gens comme Sébastien, le rugby va monter en popularité en France. »

 

Matthieu Le Chevallier (avec L.P. et J.C.)
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