NN avait comparé les violences urbaines, à Paris, à la fin de la manifestation du 28 mars, au massacre de la place Tiananmen. Un peu osé, non ? La chaîne d'info américaine a présenté ses excuses.
Ce commentaire proféré en direct était dû à une jeune et belle journaliste blonde, Kyra Phillips, assise à distance de sécurité, au moment des faits, à Atlanta (Géorgie), loin, très loin de la place de la République. Elle avait vu des canons, mais pas l'eau.
Jim Bittermann, correspondant de CNN à Paris et journaliste chevronné, revenait, jeudi 30 mars, sur cette dispersion arrosée et surtout sur les motivations des manifestants. Cette fois, on n'était plus dans le délire journalistique mais dans la réalité française. Ce qu'on voyait et entendait était la France réelle. Enfin, presque. On résume ? Tout d'abord, il faut préciser que Jim Bittermann était assis à la terrasse d'un café, proche de la rue Saint-Guillaume, dans le 6e arrondissement de Paris. Il s'entretenait avec Jean-Baptiste Prévost, étudiant en quatrième année de Sciences Po. Ce sympathique jeune homme appartient à la direction de l'UNEF. Il s'exprimait dans un anglais châtié qui faisait honneur à ses professeurs.
On venait d'apprendre qu'il se destinait à la haute fonction publique, laquelle, précisait CNN à l'usage du reste du monde, implique en France à la fois un bon salaire et la sécurité de l'emploi à vie.
Justement, est-ce qu'on peut créer des emplois en rendant (dans le privé, évidemment) les licenciements plus faciles ? "Pas du tout !", répliquait Jean-Baptiste.
"Tous les gouvernements, en France, depuis vingt ans, ont réduit les droits des salariés, et pendant ce temps le chômage n'a cessé d'augmenter". On avait vu rapidement, en début de sujet, les canons à eau de la police, en action le 28 mars place de la République, et il était clair, cette fois, que ce n'étaient pas les tanks de Tiananmen.
"Les Français adorent les révolutions, ils détestent le changement", avait affirmé au correspondant de CNN un éditorialiste français non identifié. Dominique Moïsi, qui s'exprimait ensuite, ne disait pas autre chose des manifestants de ces derniers jours. "Ils sont, en quelque sorte, des réactionnaires révolutionnaires", expliquait-il, dans un anglais encore plus châtié que celui de Jean-Baptiste.
"C'est un mélange très étrange. D'un côté, ils refusent le monde tel qu'il est et, de l'autre, ils réclament de la part de ce même monde le maximum de protection." Pas mal, non ? On continuera, de toute façon, de regarder CNN, blonde comprise.